Début… l'après piknic par excellence.
J'ai vécu ce soir le parfait digestif d'un week-end quand même occupé en termes de beat, mais qui pouvait en prendre plus en termes de danse.
(Vous comprenez, comme moi, les affamés du VIBE, que c'est jamais assez ?)
Bien qu'il eût fait une entrée tardive, forte et attendue avec impatience de la part des danseurs, je dois absolument confirmer qu'il a rattrapé deux fois les minutes perdues, car il nous a gâtés.
My God.
Hier soir, aux platines du Stereobar, nous avions là un Jedi de la compréhension rythmique, de la mise sous tension et des explosions de beats qui libèrent tellement d'endorphines.
Plus que ça, les structures de danse étaient quadriphoniques, parfaitement synchrones, extrêmement bien annoncées, comme des pancartes sur l'autoroute.
C'était inévitable de pouvoir sauter exactement dans la brèche quand elle se présentait, avec un délice absolument satisfaisant.
Ces segments d'hyperrythmique, plongés dans des lignes de basse d'une profondeur cataclysmique, étaient tout simplement sortis des livres.
Pour illustrer les mécanismes intrinsèques induits par ce langage musical, cela en était l'exacte représentation.
Ceux qui y étaient et ont entendu sa musique savent exactement à quoi je fais référence, car c'était du bonbon à danser, à dévorer, à exploser, à partager.
Un pur délice.
Sur chaque pied carré du plancher.
Analyse sommaire de la relation à la musiqueUn danseur est comme un jouet dont vous tendez les ressorts, le mettez sous tension, le faites attendre l'explosion (dans les breaks et les montées en puissance) et détendez la tension sur un coup brusque (la drop).
Mieux la musique est construite, plus elle annonce en avance la structure prochaine et prépare ainsi inconsciemment le danseur à suivre les séquences naturelles harmoniques et tonales par des rappels de « signals » d'anticipation.
C'est là tout l'art des grands mixeurs qui savent préparer le mental de l'audience avant chaque grande entrée en scène d'une nouvelle pièce musicale.
Les excellents font des remixes longs qui s'annoncent longtemps en avance, bien avant d'avoir reconnu la pièce.
Et plus les mix sont longs, bien faits et intégrant des boucles, plus cela est naturel et moins on s'en rend compte, en fait.
Jusqu'à temps d'être rendu dans l'autre toune.
Et là, on se fait prendre.
Et on adore ça.
Les excellentes constructions musicales s'annoncent toujours beaucoup d'avance, avec énormément de symétrie, et permettent aux danseurs d'avoir l'intuition de savoir exactement quand cela va tomber ou exploser.
Nous en avons déjà parlé.
Il s'agit également principalement de constructions basées sur les facteurs 4.
À peu près tout dans la musique électronique d'aujourd'hui est bâti sur le nombre 4.
Alors c'est toujours :
4 x 4 x 4 x 4…
et ainsi de suite.
4 temps.
Dans une boucle répétée quatre fois (16 temps).
Qui elle-même se double à 32.
Puis à 64.
Puis à 128.
Et tout ce temps-là, vous entendez bien en avance un son qui apparaît.
Puis qui apparaît encore une fois plus tard.
Encore une fois plus tard.
Mais vous savez toujours où il va apparaître, car il y a des séquences musicales qui se présentent et vous préparent l'ouïe en vous donnant des indices.
Mieux est présentée la cartographie rythmique, c'est-à-dire plus une pièce est régulière, bien construite et respecte les structures intuitives, moins les danseurs ont de difficulté à s'abandonner complètement au rythme et à la dictature du DJ, qui peut ainsi prendre le contrôle absolu d'une salle.
Mieux est organisée la musique, bien annoncée et répondant précisément aux changements de phase anticipés, mieux les danseurs répondent en criant, avec une immense décharge orgasmique, dopaminergique et d'endorphines qui vient constamment inonder le noyau de la récompense, lequel réagit aux périodes de stress, de tension et de décharge.
Toute la mécanique de l'expérience de la danse dans des lieux tels que nous les fréquentons est un amalgame d'excitations.
Les stimulations sensorielles par le sens de notre ouïe.
Le sens physique de la pression du corps qui reçoit les ondes de la basse.
Et les oreilles, bien sûr, qui entendent les fréquences de la musique.
Ces sens permettent de vivre l'expérience musicale dans son corps en manifestant l'interprétation des rythmiques par des mouvements séquencés, stéréotypiques, en cadence et en synchronie sur la musique.
Il y a là un aspect satisfaisant et entièrement organique de réaction physiologique de courte échéance, mais qui comble un immense spectre attentionnel dans notre conscience et notre cerveau.
L'artiste lui-même doit posséder une compréhension de sa musique et de la manière de la mettre en valeur pour la rendre exquise pour les danseurs.
Le bon DJ rend honneur à l'artiste qui a composé originalement la pièce jouée et sert les danseurs en optimisant le maximum que la pièce peut donner pour le grand bonheur des tapeurs de beats.
Un DJ fidèle et prévisible dans sa livraison de dopamine attire une grande fidélité et loyauté des danseurs qui se présentent à son audience pour eux-mêmes être nourris de ce qu'ils adorent.
Sans être vulgaire, je ferais une comparaison à un couple heureux sexuellement.
L'un a besoin de l'autre pour s'épanouir et connecter, en fait, vraiment à lui-même.
C'est au travers de l'autre que l'on se laisse vraiment aller, que l'on s'abandonne et que l'on se trouve, en fait.
Mais pour ça, ça ne se fait pas tout seul.
Le DJ a besoin des danseurs pour pousser à fond son art.
Le danseur a besoin du DJ pour lui faire traverser les fréquences musicales au mieux de ce qu'elles peuvent être pour lui.
Car ce qui est bon pour un danseur ne l'est pas nécessairement pour un autre, au même niveau, de la même façon.
Mais il y a des DJs dits universels qui réussissent à faire perdre toute sa dignité à un plancher en entier, pour un instant ou quelques heures.
Quand les gens s'oublient complètement et se mettent à danser et à groover tous ensemble, en suivant le DJ aveuglément et en se synchronisant tous ensemble, c'est juste absolument merveilleux.
Et c'est là que nous devenons We Are One.
(Mantra 8, je crois.)
J'ai expérimenté personnellement une expérience de danse qui m'a connecté profondément à moi-même et m'a permis justement d'exploser toute l'énergie et toutes les séquences de mon corps.
En termes de livraison musicale, c'était absolument impeccable.
Avec des reprises de vieux classiques qui nous ont défoncé la tête et les hanches.
En grande complicité avec le ou la ou les autres danseurs autour de nous.
C'était super le fun.
J'adore quand je vois les gens perdre complètement leur superbe et danser comme des animaux, en faisant des grimaces et des gestes de grands mammifères sauvages.
En riant.
En s'esclaffant.
Et en se foutant éperdument de ce dont ils peuvent avoir l'air.
C'est absolument magnifique !
Et c'est tellement tripant quand tu te mets à danser avec un autre danseur que tu ne connais pas du tout, mais que vous êtes juste tous les deux exactement à la même place, au même moment, de la même manière.
Pas un mot n'est nécessaire.
Vous dansez, tabarnak.
Merci, Eric L., pour les Beaux Dimanches.
Il s'agit, pour moi, de la soirée Saint-Crème du week-end, car elle cristallise toutes les bonnes intentions et rencontres du week-end, clôt les conversations ou les surplus énergétiques et promet à tous une bonne semaine, le corps rempli de beats et de mouvements emmagasinés.
Merci Stereobar pour faire exister cet endroit.
Gros love aux danseurs.
Vous faites la soirée.
Avec la musique.
L'ambiance.
La vibe.
Malade.
Elio :
Merci.
C'était impeccable.